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lundi 27 mars 2017

Laisser agir, ne plus intervenir


Arts premiers/musée du quai Branly





"Laisser agir le temps; laisser agir la chose elle-même. Je connais bien ce vieil adage. Après l'effort humain, laisser les fruits et les plantes travailler à leur propre mûrissement; laisser un métier manuel ou une technique d'acrobatie travailler le corps de celui qui le pratique. Le non-agir n'est pas tant de ne rien faire que de faire tout ce qu'il faut et de ne plus " intervenir"! Ah, ne pas intervenir! Ne plus intervenir! Je m'abrite derrière cette sagesse pour ne pas, au moins pour un temps, retourner voir le résultat, de peur d'être déçu et de ne pas avoir le courage de continuer."
Le Dit de Tian-yi François Cheng





Devant cette sculpture, je suis restée longtemps. aujourd'hui devant la photo de la sculpture, je m'arrête souvent de longs moments. Par delà le temps, par delà les cultures, tout y est dit et, à la fois, rien n'y est dit de précis. Ces yeux écarquillés, cette bouche close, c'est l'homme face au mystère insondable de la vie. Et c'est aussi l'harmonie des proportions, le subtil équilibre entre le corps et l'esprit. L'ocre d'or sous la délicate patine du temps comme la métaphore de l'étonnement de l'enfant recouvert du filtre de la perplexité du grand âge.

Une telle puissance d'évocation, une telle simplicité, ne peut naître que sur "un terrain bien préparé". Alors... au travail!


vendredi 17 mars 2017

Désir - quête - art

Les palmiers fumeurs de pipe (inspiré par L'Ivrogne dans la brousse de Amos Tutuola) 
"Lisant Rimbaud, je me souviendrai aussi de la pensée qui m'avait visité dans les vallées du Sichouan: si l'homme est un animal toujours assoiffé, la nature, pourvoyeuse d'eau, à de quoi combler son désir. Il faut croire que la création n'engendre point de désir qu'elle ne puisse satisfaire. En somme, l'homme a soif parce que l'eau existe. L'homme, certes, est libre de désirer, mais il ne peut désirer que ce que le réel insondable recèle déjà. Même lorsqu'il va jusqu'à désirer l'infini, c'est que l'infini est là, prévu pour lui. Tout ce passe comme si ce que l'homme désire le plus était là par avance contenu dans le désir: sinon aurait-il pu le désirer? Une fois de plus, j'étais persuadé, comme pour les gâteaux occidentaux goûtés dans mon enfance, que l'accomplissement du désir de l'homme se trouvait dans le désir lui-même.

Cette liberté conditionnée du désir humain, loin d'abaisser ou de rétrécir l'existence humaine, la rehausse, l'élargit. Elle la met au cœur d'un vaste mystère. Et rend l'aventure de l'homme moins chimérique. Dans ma marche à côté de l'Ami vers Yumei, fort de cette conviction peut-être naïve, je me disais que si mon destin sur terre était d'errer, qu'au moins je le transforme en une quête passionnée dont le but me serait forcément révélé un jour."
François Cheng, Le Dit de Tian-Y

Le but est-il forcément révélé un jour ? Je n'en suis pas sûre. Mais connaître le but est-ce important?
L'important n'est-il pas d'abord de se mettre en route? L'important c'est la quête sans objet (sans raison, sans but). La quête pour la quête. 
Au départ l'injonction dite ou non-dite était "Reste à ta place" ou "Sois réaliste".
Après ce fut: "J'essaie, même si c'est un peu fou, même si ça paraît voué à l'échec"
Maintenant c'est: "Plus. Encore. Autrement. L'impossible."        Autrement dit...

"Il y a deux chemins: l'un est court et droit mais il ne mène nulle part. L'autre est long et tortueux et on ne sait pas où il mène, mais en attendant on sent au moins qu'on marche."
Imre Kertész, Le Refus