mercredi 29 novembre 2017

Une petite fable

Coup de froid sur l'étang

La fourmi qui s’en alla pour apprendre

Il était une fois une petite fourmi. Une fourmi exactement comme toutes les autres, qui avait fini sa journée de travail.
-       -  Que vais-je faire jusqu’à la nuit ? se dit-elle. Me reposer en buvant du thé tout en mangeant des biscuits ? Lire un roman ? 
Et si j’allais visiter les autres fourmis, mes cousines ?  J’aimerais embellir ma fourmilière, j’ai envie de voir comment elles s’y prennent.

Elle prit son sac à dos après y avoir mis un mètre, un crayon, un petit carnet et un parapluie. Elle sortit de  son domaine : une roseraie au cœur de la ville. Elle laissa les chemins de bitume et arriva bientôt à l’entrée d’un jardin potager. Elle aperçut une de ses cousines derrière un grand tas de légumes, et s’en approcha.
-       - Hello, ma cousine ! Il est magnifique ton jardin ! On peut dire que tu as la main verte : que de fruits, que de légumes.  Quelle abondance ! Mais quel entassement : il y a les pourris, il y a les pas encore mûrs, il y a les trop mûrs et dispersés, par-ci par-là, les meilleurs. Oh ! comme j’aimerais en avoir des comme ça… Peux-tu m’apprendre comment on les cultive ?
-       - Alors tu vois, j’ai toujours été si occupée à y travailler que je n’ai jamais eu le temps ni la force de les trier et personne pour m’aider. Et puis, on ne sait jamais ce qui peut nous arriver dans la vie. Au milieu de tout cela, je suis sûre de ne manquer de rien. Et ça coupe le vent. Bien sûr que ça fait beaucoup, mais quoi enlever ? Où commencer ? Regarde ici dessus, je viens de semer une nouvelle ligne de carottes, et là en bas j’ai repiqué des fraises. Approche-toi un peu. Pourquoi ne m’aiderais-tu pas ?
L’apprentie fourmi s’avança entre deux entassements et la voilà qui se retrouve « les quatre fers en l’air » après avoir glissé sur une patate pourrie.
-       -       Oh ma pauvre ! Fais attention. Tu sais ici, c’est pas comme ça qu’on avance. Je suis une artiste moi. Et chez les artistes, cette organisation qui semble chaotique aux non initiés, mais c’est là le terreau de la création ! T’as rien compris !

-       -  Alors excuse-moi pour le dérangement. Je te quitte car je vois qu’il n’y a pas de place pour deux chez toi... et bientôt plus pour toi non plus.

Et la petite fourmi repris son chemin. Elle s’en alla d’abord nettoyer ses pattes et son derrière dans la gouille la plus proche. Puis elle traversa un pré fleuri de bleu et, après avoir contourné le champ de colza parfumé de jaune, elle pénétra dans la magnifique forêt. Et là, au milieu d’une  clairière, elle entrevit une de ses cousines qui s’agitait dans tous les sens.
-       -  Hello ma cousine ! Elle est à toi cette belle forêt ?
-       -  Ouiiii… On la voit de loin, n’est-ce pas ? Elle est très connue tu sais.  J’y travaille depuis longtemps.
-    -  Il y en a des arbres ! et de toutes tailles ! Et ces fougères partout ! Mais ces amas de ronces qui pourraient bientôt envahir tout l’espace, c’est à dessein ? Oh ! ces essences rares, elles sont bien cachées. Tu arrives à faire pousser ça ? Ici ? Peux-tu m’apprendre comment on les cultive ?
La cousine, chargée de branchages, tenta de se faufiler entre cet enchevêtrement de branches cassées, ronces, lianes, oiseaux de paradis, héliconies, roses de porcelaine et autres frangipaniers. Retenue par sa jupe accrochée  dans les mûriers sauvages, elle recula en invitant l’apprentie fourmi à s’approcher d’elle.
-      -   Est-ce que tu as de quoi tailler un tout petit tunnel pour que l’on puisse se rejoindre ? demanda celle-ci en trébuchant sur une souche pointue qui lui lacéra la cheville gauche.
-       -  Oh ma pauvre ! Fais attention. . Je ne peux rien enlever à tout ça. Comment peux-tu t’imaginer que je puisse tailler quelque chose ici ! Tout ce qui est là est à moi. Ça m’appartient. C’est ma vie ! C’est ma part d’héritage familial, c’est mes formations, c’est mon expérience.  Tailler ce serait déjà mourir un peu. Mais attends, ramasse déjà tout ce qu’il y a ici tout autour et pendant ce temps je vais faire quelques aménagements.
Alors l’apprentie fourmi se mit au travail et se réjouit de pouvoir bientôt s’approcher des beautés du lieu. Mais quand elle leva les yeux de son ouvrage, elle ne vit plus sa cousine. Celle-ci avait fait des entassements de branchages, de fleurs fanées, de feuilles mortes, mais aussi de fleurs dans tout leur éclat. Des entassements si hauts qu’on ne la voyait plus. L’apprentie fourmi tenta de regarder au travers de la végétation mais, ce faisant, elle faillit faire s’écrouler l’édifice.
- Ah non, fais attention ! Tu sais ici, c’est pas comme ça qu’on avance. Je suis une artiste moi. Et chez les artistes, cette organisation qui semble chaotique aux non initiés, mais c’est là le terreau de la création ! T’as rien compris !
-                       -  Alors excuse-moi pour le dérangement. Je te quitte car je vois qu’il n’y a pas de place pour deux chez toi... et bientôt plus pour toi non plus.          


C’était la tombée de la nuit maintenant. A l’orée de la forêt l’apprentie fourmi s’empara d’une feuille de plantain et la fixa sur sa cheville blessée. Elle prit la direction de sa fourmilière. En cheminant elle cueillit quelques lotiers des prés au bord du chemin, en fit une guirlande qu’elle suspendit sur sa porte en rentrant chez elle. Dans son sac à dos, avec son mètre, son crayon, son petit carnet et son parapluie, sa découverte: que son avoir le plus précieux était: la légèreté et la liberté. A l’intérieur de la fourmilière, elles étaient toutes là. Dans le grand espace vide, au centre de la maison elles dansaient, enivrées du parfum  de bois de rose L’ESSENTIEL.  

mercredi 1 novembre 2017

L'art contemporain m'interpelle...


... et vous aussi, peut-être. 

Il m’arrive de feuilleter et même de lire cette revue. C’est du beau papier glacé et il y a de magnifiques reproductions de chefs-d’œuvre de la peinture, de la photographie, du design, de la joaillerie et de l’architecture, entre autres. Un article intéressant sur une œuvre (celle de Paolo Uccello XVe s. ce mois-ci) ou sur une période (le maniérisme florentin du XVIe s. No de septembre 2017). Et de superbes  « Hors-séries ». 
Mais, malheureusement pour moi qui m’intéresse à l’art et son rôle avant tout, le thème dominant y est le marché de l’art avec ses galeries, ses foires, ses musées, ses expositions, les œuvres à acquérir et leur prix. Des interviews et des reportages sur les  « artistes » actuels favoris des investisseurs et des institutions: Sophie Calle et Camille Henrot, pour n’en citer que deux.

Quand quelque chose m’interpelle je cherche à m’informer pour éviter la critique trop simpliste jaillissant du cœur. Or, même si quelque part je le savais déjà, j’ai encore de la peine à intégrer le fait que dans l’art contemporain il n’est plus du tout question du « Beau ». C’est confirmé, c’est admis comme une vérité incontestable: ce qui a trait à « l’émotion esthétique » a disparu. Alors le dessin ci-contre de cette Camille Henrot m’étonne un peu moins. Mais je ne peux m’empêcher de me sentir un peu déstabilisée malgré tout.

Heureusement, il y a YouTube ! Je ne sais pas vous, mais moi c’est fou ce que j’apprends par le biais de cette plateforme. Et j’ai vu que je ne n’étais pas la seule à me sentir déstabilisée. Mais heureusement, des personnalités reconnues dans leur domaine d'expertises suggèrent quelques explications. En effet, Il y a des gens très qualifiés qui, avec un discours compréhensible, arrivent à m’apporter beaucoup d’éléments de réponses. 

C’est pourquoi je me permets de conseiller, à ceux d’entre vous qui vous poser cette même question, d’aller écouter sur YouTube: Aude de Kerros, très factuelle, (L’Imposture de l’art contemporain : du discours à la finance); et/ou Franck Lepage, plus critique: L’art contemporain (version d’Aurélien Biard en 32 min.)

Mais comprenez-moi bien, il est des œuvres et des artistes contemporains qui m’enthousiasment, ceux qui « du réel tirent l’éternel » (Derain). Ils possèdent une caractéristique commune, celle de l’excellence dans la connaissance et dans la pratique de l’outil. En voici trois exemples parmi d’autres: Fabienne Verdier et son travail à l’Encre de Chine, le Béjart Ballet et la danse, Albert Sauteur et sa peinture à l’huile. Citer certains c’est laisser dans l’ombre les autres, pardonnez-moi!


lundi 23 octobre 2017

Dégâts d’image


Cette expression utilisée dans les domaines politique et économique, je la transpose ici dans le domaine psychosociologique. Parce que le contenu de notre discours peut être délétère pour l’image que l’autre se fait de nous. Cette formulation s’est imposée à mon esprit suite à  l’exclamation suivante qui me fut adressée il y a peu: « Ça je ne pourrais jamais ! » Je l’ai reçue alors que je me situais en mode « émotionnel », donc je l’ai traduite comme une critique personnelle plutôt que comme un avis personnel sans plus. Car je ne crois pas me tromper en constatant que, pour beaucoup, les vacances au camping, ça fait vraiment très « ordinaire ». Conséquence: une cascade de souvenirs ayant comme caractéristiques le fait de me rappeler ma situation originelle. 

Le contexte
L’ interlocuteur vient d’un autre monde, un monde situé à des années lumières du mien. Par 
miracle ou magie, un fil ténu mais durable nous relie. Lors de notre dernière rencontre, il me parle d’une de ses invitations à laquelle je n’ai pas répondue. Je lui en donne la raison: « J’étais en vacances ... au camping! » Et c’est là qu’il me rétorque: « Ça je ne pourrais jamais ! »

Des souvenirs 
Les années d’école secondaire dans une école privée où la grande majorité des élèves étaient des filles de familles citadines aisées, merveilleusement bien habillées, faisant des prouesses en salle de gymnastique. Ce lieu et cette discipline, quelle découverte ! Et la piscine ! Nous étions deux, pâles comme des cadavres, accrochées au rebord du bassin où nous n’avions pas notre fond, attendant que les autres aient « fait leurs longueurs » ou exercé leurs plongeons.
Les amours adolescentes et le regard fuyant (au mieux) ou méprisant de ceux qui faisaient battre le cœur. 
Le milieu professionnel où certains médecins-chefs ne daignaient pas saluer en arrivant et 
donnaient les « ordres » sans un regard.
Les séances de travail en tant que déléguée de l’ASI, avec les directeurs des départements cantonaux des affaires sanitaires et des membres de la FMH pour la reconnaissance de la profession et son besoin d’intégrer les filières de formation normales, prises de parole et tours de tables polis mais l’atmosphère y était étouffante de condescendance. 
Ce sont là quelques exemples qui me reviennent en mémoire aujourd’hui parmi bien d’autres. 


Tentative de compréhension 
Ce que je nomme « mondes » le sociologue Bourdieu, les appelle « champs ». Les habitants de ces « mondes » se définissent comme les individus qui, reconnus par leurs pairs, sont en mesure de se soustraire à des intérêts externes, d’apprécier la valeur d’enjeux internes, d’agir selon des normes, se distinguant de la sorte des autres hors champ, en vue de faire ce qu’ils sont les seuls capables de faire. Il existe donc des conditions plus ou moins formalisées pour entrer et existerdans un monde.

Pierre Bourdieu met l’accent sur la capacité des individus en position de domination à imposer leurs productions culturelles et symboliques. Il parle même de violence symbolique pour définir la capacité à faire méconnaître l’arbitraire de ces positions symboliques, et donc à les faire admettre comme légitimes. 

Ce qui donne de l’audace
Les lectures qui enseignent ce qu’est la liberté et la responsabilité que l’on se doit de donner à sa propre existence. Les formations de toutes sortes. La famille, proche et élargie. Les amies au fil des âges de la vie.  Le « faire », peu importe le domaine dans lequel il s’exerce. (Ce « faire » où  il arrive parfois de frôler d’autres mondes). 

Au camping
Au cœur de la nuit, seul le cinglement soudain de la pluie sur le toit parvient à déchirer le silence. Ce silence absolu, absent des nuits au 6e sur le boulevard.
Seule et pourtant jamais seule. Il y a toujours quelqu’un prêt à venir à l’aide. Une coquille petite mais solide qui contient tout ce qu’il faut. La lumière y pénètre de partout. Devant, une terrasse abritée pour goûter à l’air de la campagne et aux chants d’oiseaux. Tout autour des haies fleuries soigneusement taillées par les jardiniers.
Dans la quiétude de cet ermitage, le doux chant automnal du rouge-gorge qui sautille dans l’herbe devant la terrasse du mobilhome interrompt la rêverie. Midi: il est temps d’aller nager dans la piscine chauffée du camping. 

Ma vie en deux mots:  « Ça je pourrais ! » Quelle richesse...

mercredi 4 octobre 2017

Un souvenir de Laconie


Ste Sophie XIIe s. / Monemvasia
Monemvasia, l’endroit peut-être le plus touristique de la Laconie en Grèce. Un Mont-St-Michel en miniature, mais ocre et grillé par le soleil, il faut monter sur le rocher pour admirer Ste Sophie, cette église du XIIe s. magnifiquement restaurée il y a peu, et les toits de la ville sur fond de mer turquoise intense.

Tes blanches mains
Qui imprégnaient de baumes nos plaies
Se convulsent à présent liées dans le dos
Sur la croix de ton corps
Comme si elles étaient, ma sœur,
Des mains de larron.
Ton corps frêle s’enveloppe
Du manteau de cendre de la démence.
Tes yeux en sont restés
Deux tours de verre inhabitées
Et y tournent égarées
Les ombres du passé.
Te souviens-tu ?
Elle t’avait jadis offert, la mère,
Une robe rose
Et un petit parapluie rose.
Tu grimpais la pente fleurie
Dans le matin printanier
Aérienne et diaphane
-       une nuée rosée de lumière.
Tu regardais le ciel
Comme si quelque chose d’en haut t’invitait.
Seules les nattes affligées
De tes cheveux noirs
Alourdissaient tes frêles épaules.
J’avais peur qu’en un instant tu ne périsses
Semblable à la lumière rosée
Dans le couchant.
Je me penche près de toi et je t’apporte
Nos matines enfantines
Pour que tu respires profondément
L’odeur salée de notre île,
Les murmures du soir
Et ayant traversé la brume du retour
Que tu abordes à mon côté.
Dans la petite ruelle aux pavés millénaires, il est une minuscule échoppe où beaucoup trouvent de l’eau pour adoucir les assauts d’un roi Soleil trop fougueux. Sur la porte ouverte,  deux ou trois longues élastiques retiennent inclinés des petits livres à la  révérence discrète. Surprise ! Quelques uns sont en français.  
Mon frère Michel choisit un guide historique de la ville. Il nous en parlera au souper, sur la terrasse ombragée par les tamaris du port de Néapoli où nous séjournons. Ma sœur Blandine emporte un petit ouvrage de Georges Vizyinos, Le péché de ma mère. « Impressionnant ! » me dira-t-elle un peu plus tard. Quant à moi, je tombe par hasard sur un poète du lieu, à la destinée peu commune  (comme on peut le lire sur Internet): Yannis Ritsos. Un tout petit livre en deux langues : grec à gauche et sa traduction française sur les pages de droite. Le Chant de ma sœur. L’auteur adresse un long poème à sa sœur aînée Loula, enfermée dans un asile psychiatrique. Ce sont quelques extraits de ce beau texte, que j’avais envie de partager ici avec vous. Il va sans dire que je vous invite à lire cet écrivain mondialement reconnu, né en 1909 et mort en 1990.

mercredi 9 août 2017

Despacito ou Carmen à Porto Rico

Despacito ou Carmen de Porto Rico (aquarelle)

Nous avions dix ans et peut-être un peu plus quand, en « faisant la vaisselle », ma sœur et moi chantions à tue-tête quelques airs de Carmen gravés sur un petit « 45 tours de plastique » qui ondulait sur un tourne-disque ramené du « grâble » (décharge à l’air libre à quelques centaines de mètres de la maison, dans la pente vers le Ruz d’Orgoille). Dans le petit échantillon de disques envoyés par ces éditions qui venaient nous harponner par la main du facteur, il y avait deux autres disques dont je ne garde aucun souvenir. Premiers frémissements de nos cœurs pré-adolescents, la force de la passion contenue dans ces paroles, dans ces rythmes nous faisait-elle déjà vibrer ? Cette Carmen de Bizet que j’ai vue au cinéma, que j’ai entendue souvent par la suite, hantée par ces premiers airs de mon enfance,  hier,  cette brève nouvelle sur le site de la RTS m'y a fait penser: 

« Le 5 août 2017 à 10:53, le clip de la chanson "Despacito" est devenu vendredi la vidéo la plus visionnée de l'histoire de la plateforme YouTube, signe de la popularité planétaire de ce tube venu de Porto Rico. Avec plus de 3 milliards de vues, "Despacito" a dépassé le titre "See You Again" du rappeur Wiz Khalifa (…). Mi-juillet, "Despacito", interprété par le chanteur portoricain Luis Fonsi, était déjà devenu la chanson la plus jouée en streaming de tous les temps. »

Curieuse, je l’ai visionné moi aussi et, il m’a beaucoup plu. Et pas seulement à cause de sa chorégraphie… torride ! Ou racoleuse diront certains.

-    Au-delà de la vidéo en elle-même, il y a la simplicité des quelques accords de guitare du début de la mélodie puis le développement du thème avec les autres instruments qui vont donner ce rythme « latino » irrésistiblement entrainant. Enfin la voix  séduisante de  Luis Fonsi proférant en espagnol, les phrases du désir érotique dans la langue de la rue.
-       Le décor : un bord de mer, pas franchement idyllique, sous le soleil des tropiques, des bâtiments déliquescents, des graffitis, des maisons claires et colorées dans des ruelles pauvres et du linge suspendu dehors: le décor de la vraie vie dans les bourgades de l’île, probablement. Et un bar bondé sous les lueurs des petites ampoules suspendues le long des murs.
-       Les gens : un peu tout le monde, des jeunes aux tenues et à la gestuelle suggestives, aux bijoux kitchs ; des enfants, des petits garçons surtout ; des vieux mais pas de vieilles (tant il est vrai que partout, plus ou moins tôt… ou tard, on atteint toutes le stade de la transparence… ou de la cuisine et de la lessive !) Un souffle chaleureux, des regards ouverts, accueillants, comme une paix chaude et tendre dans la pluie solaire d’un éternel été.
-       La Femme, apparition de l’idéal et du rêve. Flamme ondulante allumant, d’un baiser sur le front, petits garçons timides et vieux hommes joueurs. Comme sortie d’un magazine de mode : plastique irréprochable avec des formes là où elles doivent être, chevelure abondante ondulée et brillante, maquillage parfait, vêtue juste ce qu’il faut au dehors dans la journée et un rien de robe dorée pour danser dans la moiteur du bar le soir.
Le scénario du clip est placé sous le signe de l’oxymore. Son titre tout d'abord, Despacito dont la traduction française est « lentement ». Or tout est rapide : le rythme de la musique, la danse, la succession des séquences filmées. Les contrastes visuels s’imposent immédiatement : la pâle statue de la Vierge dans sa boîte de bois blanc et la Femme sensuelle émergeant de l’ombre d’une ruelle ; la richesse colorée du dénuement de ce bourg ; le rythme de la musique et de la danse dans l’Histoire arrêtée de cette communauté. L’éclat de l'impudeur de la danse, du risque des corps sous le voile diaphane des sentiments : amour, amitié, fraternité, respect.


Ce clip très étudié dans le but de plaire au plus grand nombre, ne survivra pas aussi longtemps que l’opéra de Bizet. Mais il nous touche. Faire vibrer nos cœurs par la musique, par la voix et par l’image, il y réussi. Alors, trêve de snobisme, on met le volume à fond et on esquisse quelques pas de danse… despacito.