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dimanche 5 août 2018

Fin d’une aventure indienne

Lampe traditionnelle en Inde

Pour terminer ce récit comme je l'ai commencé, je n’évoque ici que ce que j’ai entendu, vécu et plus ou moins compris, en 2018, à Calicut, cette grande ville du Kerala.

Quelques tabous :
- L’homosexualité. C'est interdit.
-      Sortir en public, en amoureux, avec quelqu’un qui n’est pas ou ne sera pas bientôt - c’est promis et c’est su par tous - votre époux(se). Et je ne vous parle pas de vivre ensemble sans être marié ! Quand je leur parle de cette possibilité, on me regarde comme si j’étais une extraterrestre.
-      Les mariages intercommunautaires (inter-religieux avant tout).
-      Une fois marié, ne pas vivre avec ses parents quand vous êtes l’aîné de la famille (le fils ou la fille selon les communautés). Vivre ensemble chez eux ou chez soi. C’est un impératif inculqué à votre enfant : le respect et les devoirs qu’il doit à ses parents. « Comme tu as lavé mes fesses quand je ne pouvais le faire moi-même, je laverai tes fesses quand tu ne pourras plus le faire toi-même. » Citation de ma jeune élève de 22 ans. Je vous laisse imaginer ce que ça pourrait donner pour chacun et chacune d’entre nous !!! Mais j’ai senti que c’est un tabou (le seul pour le moment) qui commence à se lézarder ici aussi.
-      Entrer dans une maison en gardant ses chaussures aux pieds, sauf au collège, au restaurant et dans certains commerces.
-      Sortir de chez soi les épaules et les jambes nues quand vous êtes une femme.
-      Manger du bœuf.
Pas de poussette mais une moto!

Ce que je n’ai jamais vu
-      Une poussette ou un pousse-pousse. Un enfant, ça se porte ou alors ça marche, ou… Il faut dire en passant que l’état des trottoirs rend impossible l’utilisation de ce genre de chose.
-      Le respect du feu rouge et des passages cloutés par tous les usagers de la route.
-      Un Blanc.

Ce que je n’ai presque jamais vu
-      Une poubelle dans l’espace public.. On jette tout parterre
-   Du papier de toilette dans les WC (sauf dans les magasins !). On se lave. Il y a toujours soit une douchette, soit un seau plein d’eau avec un petit pot. Et les gens prennent  avec eux une petite serviette, un petit linge pour s’essuyer.


La coexistence de trois Eglises catholiques différentes mais toutes rattachées à Rome : l’Eglise catholique syrienne, l’Eglise catholique latine, l’Eglise catholique malangara.  Des différences dues aux vagues successives d’évangélisation du Kerala : l’apôtre St Thomas et les Franciscains entre autres. Trois liturgies différentes, trois cathédrales et dans la communauté des religieuses où je séjourne, les trois Eglises sont représentées. 

La coexistence de deux médecines différentes : l’ayurvédique et l’allopathique avec autant de praticiens et de cliniques pour l’une que pour l’autre. A ma demande : « Expliquez-moi la différence entre les deux, en une phrase. » la jeune étudiante en médecine allopathique, revenant d’une semaine passée dans un centre de soins ayurvédiques, me répond : "La médecine ayurvédique est tout aussi efficace que la médecine allopathique. Mais les traitements prennent un temps fou pour donner les résultats attendus. Or, quand on souffre sans arrêt, quand on est malade et qu’il faut malgré tout assumer les tâches quotidiennes (travail et autres), on n’a pas le temps d’attendre. On se tourne alors vers la médecine allopathique qui, elle, soulage immédiatement." 
 
New Bus Stand in Calicut
Ce que j’ai aimé
La langue d’ici : le malayalam. J’avais déjà commencé à en apprendre l’alphabet avant mon départ de Suisse. Ses 56 lettres et ses combinaisons multiples de sons qui se ressemblent, c’est un vrai challenge. Mais j’arrive aujourd’hui à déchiffrer les destinations sur les bus, les panneaux routiers et les grands titres des journaux. Mais lire est une chose, comprendre ce que je lis et parler en est une autre. C’est pour cela que je  reviendrai au Kerala.

La ville de Calicut
Une des plus anciennes du Kerala, où il est impossible de distinguer ce qui est d’hier, d’aujourd’hui ou de demain tant la métamorphose est continue. C’est un « foutoir » indescriptible, comme un jardin extraordinaire de plantes, de bitume, d’échoppes, d’immeubles qui s’écroulent, resurgissent,  partout, dans tous les sens ; de panneaux publicitaires immenses qui les imitent dans la danse des années. Une ville qui grouillent d’humanité, de chiens et de corbeaux et de buses, de bus déglingués, de camions aussi colorés et scintillants que les mannequins vêtues de soieries et recouvertes de bijoux attirant les regards sur les panneaux publicitaires géants le long des routes. Une ville au bord de l’asphyxie au propre et au figuré, à la limite du chaos.
En bref:  Qu’y a-t-il de vraiment important ? Tout passe ! Tout semble aléatoire ! Dans cette atmosphère d’impermanence, l’instant prend une valeur inestimable.

jeudi 12 juillet 2018

Une aventure indienne 6

En entrant dans une de mes salles de classe
Une aventure indienne 6

Après vingt-quatre heures de pluie diluvienne, la décision est tombée : pas d’école aujourd’hui dans toute la région. Mais les services administratifs sont là, de même que certains enseignants. Et quelques seminaires ont lieu malgré les conditions de circulation aléatoires, voire dangereuses. Le congé a été annoncé hier soir par les médias. C’est la troisième fois que ça arrive en cinq semaines. Il y a eu aussi la grève des étudiants : deux fois une journée.
La mousson impacte les conditions d’enseignement. Hier pendant mon cours, je devais crier pour me faire entendre de mes étudiants. Il faut vous imaginer une averse continue de hallebardes, claquant sur les toits, les balcons, cinglant les palmiers alentours. Et pour densifier le vacarme : les pales des grands ventilateurs suspendus au plafond car l’atmosphère est comparable à celle de la serre des plantes tropicales au Jardin botanique. A part ça, dans la classe, malgré les très nombreuses fenêtres  donnant sur l’extérieur , une semi-obscurité requiert d’allumer la lumière toute la journée. 

Ils sont 1000 élèves dans cette école. Ils portent un uniforme qui diffère selon les voies d’études. La grande majorité y étudie pour obtenir une Licence (j’enseigne le français aux 1èreet 2èmeannée dans des classes d’environ 20 à 35 élèves). Mais certains préparent un Master alors que d’autres obtiendront un Diplôme. 
Les cours commencent à 9 :30 par une prière chantée au micro, à tour de rôle par une étudiante, puis une brève prière dite au micro. A part ça, aussi  une « Today Thought » que je traduirais par :  « Pensée/réflexion d’aujourd’hui », écrite sur le tableaux noir en classe. Hier dans ma classe c’était « Synergy ». J’ignore s’il y en a dans chaque classe et si elle est différente au gré des professeurs ou des étudiants. 
Entre chaque cours retentit une sonnerie assourdissante. De 12 :30 à 13 :30 c’est la pause repas. Il y a une cantine sur le campus et beaucoup d’étudiants mangent « sur le pouce », comme chez nous, parfois même dans la classe !  Pour le plus grand nombre, les cours se terminent à 15 :30. C’est à ce moment-là que je donne des cours de français aux professeurs intéressés.

Les religieuses cherchaient une volontaire pour enseigner le français à partir de l’anglais à des débutants. Pendant les trois mois précédents mon départ en Inde, j’ai élaboré mon cours de « French Through English » grâce à deux livres de grammaire commandés aux Etats-Unis mais aussi avec le résultat de mes nombreuses recherches sur Internet pour glâner ici et là ce qui me permettrait de donner un enseignement de français « à travers l’anglais » digne de ce nom. Mon année de cours FLE (Français Langue Etrangère) pendant la première année de ma Licence de Français Lettres Modernes, m’a aussi été d’un grand secours.

Présentation PowerPoint, enregistrement PDF, envoi en fichiers joints sur mon adresse mail, exportation sur une clé USB, copie papier du cours ; je m’étais préparée à être à l’aise avec plusieurs supports d’enseignements différents selon ce que j’aurais à disposition. Je me retrouve avec des craies blanches et un tableau noir ! Il y a bien un beamer comme on me l’avait dit, mais il n’y en a qu’un pour tout le département « langues », utilisé la plupart du temps. Je me vois mal l’emprunter tous les jours, moi la vieille Européenne qui vient donner un cours pendant deux mois. Par ailleurs, en 2eannée, je dois utiliser le manuel prévu Echo A1, qui n’est plus disponible tel quel (les élèves en ont des photocopies). Un manuel tout en français, bien conçu pour être une bonne base d’apprentissage de la langue et de la culture de la France. Normalement c’est une religieuse indienne, qui a appris le français en Inde, qui enseigne cette langue. Toutes les écoles de ce niveau de formation, dispensent des cours de français, langue qui conserve un certain prestige ici.
 
6 professeurs se partagent ce bureau et c'est pas grand!
A la sortie de mon premier cours, un étudiant m’a demandé si j’avais lu un écrivain français du nom de Nietzsche Par-delà Bien et Mal. Et trois étudiantes m’ont demandé l’adresse de mon compte Instagram !!! Quand ils arrivent pour le cours alors que le professeur est déjà dans la classe, ils restent sur le pas de la porte jusqu’au moment où on les invite à venir s’asseoir. 
Lors de mon deuxième rendez-vous avec eux, j’ai demandé à chacun de tirer au sort un prénom français, comme dans un jeu de rôles. C’est ainsi plus facile à se rappeler qui est qui. Ils se sont beaucoup amusés avec ça. Bien qu’un peu dissipés, ils sont vraiment sympathiques. Mais comme partout, on dirait que certains n’en ont rien à faire de suivre ce cours. C’est eux que j’interpelle le plus souvent avec mes questions et ça fait bien rigoler les autres. Après le cours, je me sens pleine d’énergie. On dirait que j’ai fait le plein d’amphétamines ! J’adore cette sensation.

Ah ! c’est bien facile d’enseigner dans un autre monde ! Ils n’ont aucun point de comparaison. Ils prennent tout ce que je dis « pour argent comptant ». Aucune constestation. Mais aussi, je serais bien incapable d’entendre leurs critiques, je ne comprends pas leur langue. Entre eux ils ne parlent que le malayalam, jamais l’anglais. Et je ne suis là que pour deux mois, sans objectifs précis à atteindre, sans évaluations à préparer ou corriger. Le seul challenge : qu’ils participent, qu’ils comprennent le sens de ce que je dis et qu’ils réalisent qu’on ne peut apprendre une langue sans comprendre l’importance de la phonétique avant tout, ensuite quelques formules ou expressions indispensables dans la conversation de tous les jours et enfin  la grammaire de base.  Je leur ai dit qu’ils n’avaient aucune excuse pour dire qu’ils n’entendaient jamais cette langue : ils ont tous un téléphone portable et savent tous aller sur YouTube ou autre blog d’apprentissage du français. 
Bien qu’imparfaites, partiales, les nouvelles technologies sont d’une aide précieuse pour l'apprentissage des langues, mais cela impacte les exigences des formateurs et ce fait même  augmente considérablement le stress des étudiants.

Enfin, « je m’voyais déjà… » donnant des cours privés à mon retour. Mais, expérience faite ici avec une étudiante à laquelle je donne deux heures de cours privés par jour, ce n’est pas pour moi. C’est bien trop fatigant, cette proximité, cette attention de tous les instants, tous ces exercices à préparer qu’elle fera entre les cours. 
En conclusion, mon cours, bien rôdé maintenant, je suis partante pour une nouvelle expérience avec d’autres classes si l’on a encore besoin de moi. 

mercredi 13 juin 2018

Une aventure indienne 3

Port de Kochi, Kerala
Samedi dernier, quatre heures du matin, départ pour Kochi à 180 km  de Calicut (sur Google il est prévu 5 h.30 de route) où deux religieuses sont attendues pour une journée de travail « intersites » de leur communauté. Le chauffeur et moi attachons nos ceintures (ce qui n’est pas du tout dans les habitudes d’ici) alors  que, sur le siège arrière, les deux Sr récitent une prière. 
Par endroit, la route est à moitié recouverte d’eau, ceci rétrécissant considérablement l’espace de croisement ! Alors on y va à coups de klaxons!
Il y plus de camions que de voitures qui circulent ici, c’est un peu comme si on se déplaçait sur une route nationale française. Heureusement, dans la nuit, peu de piétons. Et ils sont visibles car ils sont tout de blanc vêtus. Que des hommes. On me dit que ce sont des musulmans. Il est vrai que tout au long du chemin nous allons passer devant de nobreuses mosquées, davantage de mosquées que de temples hindous ou d’églises chrétiennes. Sont-elles plus proches de la route que les autres, plus visibles du fait de leur grandeur et de leurs façades très claires ? Dans tout le Kerala, comme en Suisse, pas de grands espaces sans habitations. L’humain occupe le territoire.
 Pour cause de « pause chauffeur », nous nous arrêtons à mi-chemin pour déjeuner. Le restaurant est plein. Et c’est comme si nous pénétrions dans un tableau d’Auguste Macke - Couple à la table du jardin – par exemple.Tous ces saris, ce sont les couleurs du fauvisme ! Et là, ce qui m’est servi sur mon plateau de déjeuner, ç’est une coiffe bigoudène couchée sur le côté.
Roast dosa
Peu après cet arrêt, nous dépassons plusieurs petites motos transportant des caisses en plastique sur le siège arrière. Ce sont des pêcheurs sur la route du marché. Nous arrivons au bord de la mer. Sous un ciel de plomb, le vent ébouriffe les palmiers, et sur la plage s’écrasent de grands rouleaux beige sombre coiffés d’écume.  Sur un mur, un homme seul, chemise et dothi (grande pièce de coton noué autour de la taille) battant des ailes, face aux éléments déchainés. Et pas le temps de s’arrêter pour faire une photo !

A 9 h. précises, la voiture entre dans l’enceinte du couvent. Pour les Sr c’est le travail. Deux des trois chauffeurs ayant amené les religieuses des différents couvents ne connaissent pas la ville. Alors, à la demande de la Supérieure, le troisième va nous conduire dans différents endroits de la ville. 
 
Temple hindou, Kochi
Premier arrêt, un temple hindou. Sur une vaste parcelle, au cœur de la ville, plusieurs bâtiments habritant des statues de « je ne saurais malheureusement pas vous dire » quels personnages sacrés devant lesquels se consument des bougies et des bâtons d’encens. Sur toute la surface des quatre côtés du bâtiment principal, le grillage d’un millier de bougeoirs destiné à se transformer en chandelier géant le jour de la Fête des Lumières. Une ambiance de piété, de recueillement. De nombreux pratiquants sont présents. Toute une famille arrive, en habits de fête. Le chauffeur m’accompagne pour la visite. Il enlève sa chemise pour entrer dans les temples. Moi je n’entre pas, par respect pour ceux qui y prient Au fond du jardin, au pied d’un petit autel, une femme, assise au sol, chante des incantations en s’accompagnant d’un instrument rudimentaire, une sorte de tampoura où ne subsisterait plus qu’une seule corde. 


Eglise St-Georges, Kochi
Deuxième arrêt, au cœur de la ville également, la plus grande église catholique du Kérala, l’église St Georges. Façade blanche, grand escatier de part et d’autre d’une esplanade de pierres tombales allongées au sol. A l’intérieur, quatre énormes piliers recouverts d’or, le chœur entièrement recouvert d’or. (« Quelle vanité ! » me dira une Sr un peu plus tard). Sertis dans tout cet or, de part et d’autre de l’autel, deux très beaux petits vitraux, d’une extrème simplicité, dans des tons pastels. Et c’est immense ! Et c’est vide… à part une jeune femme, pour me dire qu’il est interdit de photographier ! 

Troisième halte, au bord d’une rivière, une église plus simple, comme on en voit dans nos contrées catholiques (à part la façade blanche qui se voit de très loin). L’endroit est magnifique. 
A quelques pas de là, un bac s’éloigne silencieusement d’un petit débarcadère pour rejoindre l’île du milieu de la rivière. Pendant que je visite l’église, les chauffeurs m’attendent, assis sur les escaliers qui descendent dans la rivière. C’est désert. C’est tranquille.
 
Avant
Après
Au confessional: je vous laisse imaginer une histoire pour illustrer les 2 photos!!

Dernière escale, le port de Kochi avec des bateaux qui proposent un circuit pour visiter le port et ses environs. Très peu de touristes durant la mousson, que des Indiens. Nous prenons un café pas vraiment ensemble (ça fait bizarre ces trois hommes avec cette vieille Occidentale) Ils gardent une certaine distance. Ils parlent chacun leur langue (le kannata, l’hindi et le malayalam), se comprennent entre eux et comprennent peut-être l’anglais, mais un seul le parle. Ils me posent deux questions : « Est-ce que vous conduisez la voiture ? » et « Pourquoi ne mettez-vous pas de sucre dans votre thé ? »
 
Petit café dans le port de  Kochi
De retour au couvent, aussitôt le meeting de la communauté terminé, nous prenons la route du retour. Il pleut abondamment pendant presque tout le trajet. Ce qui ralentit forcément l’allure sur ces routes bondées de trains routiers, de motos suicidaires, de vélos sans phare et de rares fantomes de piétons. Dix heures trente de route pour six heures de meeting.
Scène de rue - Transport familial

dimanche 10 juin 2018

Une aventure indienne 2

Wagon-lit au Kerala
Le jour de mon atterrissage à Bengalore, à la tombée de la nuit, la voiture s’insère dans le flux continu mais parfaitement maîtrisé de la circulation sortant de la ville. Il doit bien exister quelque part un guide pratique du klaxon, une sorte de langage, adaptable selon les cultures (en Suisse on est muet !). Le klaxon comme une manifestation de la hiérarchie routière peut-être ? Pas de vélos ici, c’est tout simplement pas possible. Des scooters et des motos surtout, en compétition avec les voitures, les bus et les camions. Nous traversons des marchés avec, par exemple un secteur de vendeurs de mangues de différentes grandeurs et variétés sur plus d’un kilomètre sans presque aucun acheteur ! Nous ignorons au passage des temples hindous aux couleurs pastels et scupltures jouant leur légendre sur les pentes de leur toit ; des échoppes scintillantes ; des chariots fumant leurs grillades ; d’étroites ruelles où la chaussée en déliquescence affleure les flaques brunes. Et nous voilà à la gare principale de Bengalore. 

Ah, ces diables de représentations ! Je m’imaginais, traversant la foule d’un hall immense aux allures de Pékin et je me retrouve traversant les voies, à la façon de la banlieue de Moscou, tirant ma valise en sachant bien « qu’un train peut en cacher un autre ». En  fait, on a choisi un parking précédant l’entrée principale de la gare pour pouvoir y laisser la voiture quelques minutes. Arrivés sur le quai voulu, nous cherchons notre wagon sous le regard curieux de ceux qui mangent, ou somnolent, ou jouent ou attendent sur les bancs de pierre. Nous avançons en évitant les chargements téméraires des chariots de colis divers et les éclaboussures de ceux qui se lavent aux nombreux bassins de pierre à disposition de tous ici.


A l’intérieur du wagon, la climatisation est « à coins », il ne doit pas faire plus de 16°. Tous les rideaux sont fermés. On les écarte pour trouver notre couchette. Sous le siège, juste la place pour trois grosses valises et un grand sac rempli de mangues (cadeau des Sr de Bengalore à celles de Calicut) . Je prends celle du haut, en face d’un Indien, la 40aine, qui lit un livre de prières en anglais. En bas, Sr Merrina et une Indienne de mon âge. A disposition de chaque passager, posé sur une lourde couverture brune, un sac de papier contenant 2 draps blancs et une serviette éponge. A chaque extrémité du wagon : des toilettes : à gauche,  «2 Indian style » (celles où l’on s’accroupit) et à droite, 1 « Indian style » et 1 « Européen style ». Tout est en fer et dans chacune une douchette pour la « petite toilette »  et un lavabo. C’est vieux et spartiate mais tout est propre et tout fonctionne. En face d'un évier juste à l'entrée du wagon, la couchette rabattue du surveillant. Avant le départ du train, on est interpellé par les offres du va et vient incessant des vendeurs de thé, café, et différents mets. 

Le contrôleur ne demande pas notre billet, il ne veut voir que la carte de crédit avec laquelle la place a été réservée. Le wagon est silencieux. Il y a des bébés et de très jeunes enfants. Tout le monde dort. Au réveil, les palmiers scintillent sous leur glacis brillant d’eau, les rizières sont partiellement inondées et sur les sentiers qui pénètrent la forêt (« ça, ça n’est pas la « forêt » ! me dit Sr Merrina) des saris aux couleurs éclatantes trébuchent dans la boue.

Parti à 20 h. sous un ciel clair et à l’heure, le train arrive à Calicut à 9 h.30 dans la moiteur d’après l’averse et avec une heure de retard. C’est la Sr directrice de l’école qui vient nous chercher avec leur chauffeur. De grands linges éponges recouvrent les sièges des voitures : ici on transpire, sans odeur, et on sait maintenir un certain confort !
Vue de la gare de Calicut (Kozhikode) Kerala

jeudi 7 juin 2018

Une aventure indienne 1

 
La maison provinciale à Bengalore
Une aventure indienne  1
C’était en janvier dernier. Elles cherchaient une volontaire pour donner un cours de French Through English dans leur Institut of Management and Fashion Design à Calicut( Kozhikode) au Kerala. 

Après trois mois d’intense préparation et plus de deux cents slides (diapositives) Keynote (PowerPoint) enregistrées dans un nouveau dossier (Inde) ; un dictionnaire et des livres d’exercices, dans le sac à dos, je fais face au fonctionnaire de la douane de l’aéroport de Bengalore. En lisant l’adresse de mon futur lieu de séjour, son scepticisme est évident quant au choix de mon  visa (touriste individuel) : un institut de formation et, en plus, appartenant à une congrégation religieuse catholique. Après l’intervention (divine ?) d’un deuxième fonctionnaire, plus conciliant, je suis admise sur le territoire indien.

Pour moi, un endroit, où qu’il se trouve dans le monde, s’identifie tout d’abord à son odeur. Par exemple, quand on quitte Châtel-St-Denis en direction de Bulle, de Fribourg, ça sent les vaches et parfois, les foins. Ici, à Bengalore, c’est tout d’abord l’air pollué par la motorisation et une odeur d’égoût, de toilettes à « ciel ouvert » alors que les bouchons entravent notre progression au cœur de la mégalopole. 
Dès qu’on pénètre dans l’enceinte du couvent, c’est le parfum des fleurs émanant des centaines de pots qu’elles ont disposés tout autour des murs.
Puis dans la chambre, des senteurs d’épices comme nulle part ailleurs, alors qu’elles préparent le repas dans la cuisine de l’autre côté de la cour intérieure.
Ensuite, cet ailleurs se définit aussi par des sonorités différentes. Dominant le vacarme des enfants dans la cour de l’école primaire voisine, le grondement continu de la circulation routière et l’appel ponctuel à la prière du minaret voisin, des chants d’oiseaux inconnus, chants qui ressemblent parfois au cri de certains singes.
Enfin, l’endroit se colore : des ponts soutenus par des piliers peints en bleu, le jaune et vert des motos-taxis, les saris somptueux des passagères de motos, le vert luxuriant des arbres repoussant le gris-beige envahissant des immeubles.
Downtown Kochi

Quelles soient africaines ou indiennes, les chambres des hôtes de la communauté sont toutes pareilles : une entrée avec fauteuils et table basse, une chambre avec un lit, une armoire et une table en bois massif ; des barreaux aux fenêtres  (en verre dépoli à Calicut), le sol en granit lisse (de la moquette ici) ; une salle de bain avec grille d’évacuation au sol, un lavabo et un miroir, un robinet en plus contre le mur et un grand seau auquel est suspendu un petit pot pour se doucher. Autre singularité d’ici : pas de moustiquaires aux fenêtres ni sur le lit. Il faudra s’y faire !!! 
Partout une atmosphère de semi-obscurité (rassurante car on ne voit pas les insectes éventuels !), mais atmosphère de confinement aussi : l’extérieur  se manifestant uniquement à l’ouverture de la porte principale.
Quant à l’accueil : partout elles sont « aux petits soins »,  se « mettent en quatre » pour nous. Ici, à Calicut, la chambre est immense avec un grand frigo et même une machine à laver à la salle de bain. Il faut dire que cette chambre-ci était destinée à d’autres personnes en lien avec le collège. Ce matin, une des religieuse est même allée acheter une bouilloire pour que je puisse faire mon Nescafé de l’après-midi dans la chambre !

Avec le fracas de la mousson… j’hésite entre la soufflerie du climatiseur ou le chuintement rapide des grandes ailes rafraichissantes au plafond. Malgré la chaleur insistante, c’est décidé : jusqu’au soir, je donne la parole à la pluie. 

Le portier à Bengalore