vendredi 20 juillet 2018

Une aventure indienne 7

Bonne 2e classe mon wagon

Un week-end à Udupi 1
Invitée par les parents d’Athulya, l’étudiante à laquelle je donne des cours privés de français, je passe la fin de semaine dans l’Etat du Karnataka, voisin du Kerala. Quatre heures de train : le temps de faire un brin de causette avec mon voisin de siège,  Krishna, qui s’est spécialisé dans le croisement des plants de canne à sucre et qui est aussi rameur pour les compétitions de barques traditionnelles à 100 rameurs (il me montre ça en vidéo sur son téléphone). Il me prête aussi son mot de passe wifi, me permettant ainsi de faire quelques recherches sur internet. Sur le siège devant moi, un acteur vedette de la TV locale plaisante avec ses voisins.
Arrivées à Mangalore, nous prenons un bus pour Udupi à une heure d’ici. Véhicule qui se remplira à mi-chemin avec les passagers d’un bus précédent tombé en panne. Il faut dire que l’état de la route met à rude épreuve tous les véhicules.

Udupi est connue pour son université de Manipal. Dans les villes de cette importance, quelques centaines de milliers d’habitants, il y a plus de maisons individuelles que d’appartements dans de grands immeubles, tous d’apparition récente. C’est une vieille maison (30 ans) à toit plat et façade massivement attaquée par la moisissure, entourée d’un petit jardin tropical où poussent des manguiers, sept cocotiers, des bananiers, des papayers, un jaquier, trois plans d’ananas et quelques légumes racines. Mais pas de fruits en ce moment : c’est la mousson. Il y a aussi des poules faméliques et un coq dans des clapiers ; et le chien de garde que l’on détache la nuit et quand il n’y a personne à la maison.
L’intérieur est modeste : une entrée salon avec une immense portrait de famille au mur et un chandelier-crucifix que l’on allume quand on souhaite le meilleur pour… . Un petit local de prières avec bible ouverte, chapelets suspendus au mur, statues et bougie allumée. Trois petites chambres à coucher, une salle à manger-salon de télévision avec une grande photo encadrée des parents (photo habituelle dans toutes les familles, mais que l’on ne suspend que quand les parents sont décédés). La télévision mais pas de wifi. Une grande cuisine, mais pas de four, un WC-salle de bain et une buanderie. 
Foyer dans la façade arrière de la maison
Réservoir d'eau chaude sous le couvercle









Pas d’eau chaude au robinet (comme partout où je suis allée – il faut dire qu’il fait si chaud qu’une bonne douche froide est un réel plaisir), mais ici, il y a un petit foyer creusé dans la façade extérieure de la maison, dans lequel on brûle les coques de noix de coco séchées, pour chauffer l’eau d’un petit réservoir ouvert à l’intérieur de la salle de bain. Des barreaux aux fenêtres, du verre dépoli comme partout. Fenêtres qui ne sont que rarement vraiment closes. On ne voit pas à l’extérieur mais on entend, croyez-moi !

Après un thé de bienvenue avec flancs à la semoule (ananas, noix de cajou, sucre, curcuma et ghi) départ pour la visite d’un temple hindou en ville : Sree Krishna. Pas qu’un temple mais une enclave dans la ville, un petit quartier de huit temples, d’échoppes et de restaurants. Ce qui frappe en arrivant c’est un monceau de bois. Il est utilisé pour faire le repas qui est servi gratuitement, à tous ceux qui le veulent, tous les jours en milieu de journée. Cela ne se fait pas dans tous les temples.
Sree Krishna Temple Udupi

Puis c’est l’étable des vaches des dieux, car ceux-ci aiment les vaches et ça leur fait plaisir d’en avoir près de leur demeure. Un bassin pour les ablutions et sur les escaliers quelques méditants : statues de chair au pied des statues de terre se pressant sur les façades et les toits. A l’intérieur, la lueur des bougies éclairent faiblement la poutraison, nouée comme un macramé et ciselée comme de la dentelle. Des chandeliers circulaires géants de métal noir à assise en forme de tortue, étagent des vasques d’huile débordantes de larmes de  feu. Au creux de niches tapissées de feuilles de métal finement repoussées, dorées ou argentées, des statuettes des dieux, en métal ou en pierre, fleuries de guirlandes colorées et parfumées. Quelques fidèles, hommes et femmes, assis en position du lotus prient au pied d’un grand autel. Un prêtre distribue une « communion » sous forme liquide dans le creux de la main de ceux qui la lui tendent. Plus loin, des serviteurs du temple préparent de larges plats de pétales de fleurs, pendant que d’autres sont en plein « accompagnement spirituel » : d’une jeune mère portant son bébé ou d’un vieil homme inclinant sa tête en tendant l’oreille. 
Chandelier un peu comme les grands à l'intérieur

Nous faisons le tour d’une salle abritant les tombes de granit des officiants du lieu et débouchons sur une grande halle où le public écoute ou filme avec son téléphone portable (ici les photos sont permises mais jamais, au grand jamais, à l’intérieur même des temples) une belle chanteuse à la voix envoûtante accompagnée de deux musiciens : tabla et petit orgue à soufflet et manivelle.         (suite)

jeudi 12 juillet 2018

Une aventure indienne 6

En entrant dans une de mes salles de classe
Une aventure indienne 6

Après vingt-quatre heures de pluie diluvienne, la décision est tombée : pas d’école aujourd’hui dans toute la région. Mais les services administratifs sont là, de même que certains enseignants. Et quelques seminaires ont lieu malgré les conditions de circulation aléatoires, voire dangereuses. Le congé a été annoncé hier soir par les médias. C’est la troisième fois que ça arrive en cinq semaines. Il y a eu aussi la grève des étudiants : deux fois une journée.
La mousson impacte les conditions d’enseignement. Hier pendant mon cours, je devais crier pour me faire entendre de mes étudiants. Il faut vous imaginer une averse continue de hallebardes, claquant sur les toits, les balcons, cinglant les palmiers alentours. Et pour densifier le vacarme : les pales des grands ventilateurs suspendus au plafond car l’atmosphère est comparable à celle de la serre des plantes tropicales au Jardin botanique. A part ça, dans la classe, malgré les très nombreuses fenêtres  donnant sur l’extérieur , une semi-obscurité requiert d’allumer la lumière toute la journée. 

Ils sont 1000 élèves dans cette école. Ils portent un uniforme qui diffère selon les voies d’études. La grande majorité y étudie pour obtenir une Licence (j’enseigne le français aux 1èreet 2èmeannée dans des classes d’environ 20 à 35 élèves). Mais certains préparent un Master alors que d’autres obtiendront un Diplôme. 
Les cours commencent à 9 :30 par une prière chantée au micro, à tour de rôle par une étudiante, puis une brève prière dite au micro. A part ça, aussi  une « Today Thought » que je traduirais par :  « Pensée/réflexion d’aujourd’hui », écrite sur le tableaux noir en classe. Hier dans ma classe c’était « Synergy ». J’ignore s’il y en a dans chaque classe et si elle est différente au gré des professeurs ou des étudiants. 
Entre chaque cours retentit une sonnerie assourdissante. De 12 :30 à 13 :30 c’est la pause repas. Il y a une cantine sur le campus et beaucoup d’étudiants mangent « sur le pouce », comme chez nous, parfois même dans la classe !  Pour le plus grand nombre, les cours se terminent à 15 :30. C’est à ce moment-là que je donne des cours de français aux professeurs intéressés.

Les religieuses cherchaient une volontaire pour enseigner le français à partir de l’anglais à des débutants. Pendant les trois mois précédents mon départ en Inde, j’ai élaboré mon cours de « French Through English » grâce à deux livres de grammaire commandés aux Etats-Unis mais aussi avec le résultat de mes nombreuses recherches sur Internet pour glâner ici et là ce qui me permettrait de donner un enseignement de français « à travers l’anglais » digne de ce nom. Mon année de cours FLE (Français Langue Etrangère) pendant la première année de ma Licence de Français Lettres Modernes, m’a aussi été d’un grand secours.

Présentation PowerPoint, enregistrement PDF, envoi en fichiers joints sur mon adresse mail, exportation sur une clé USB, copie papier du cours ; je m’étais préparée à être à l’aise avec plusieurs supports d’enseignements différents selon ce que j’aurais à disposition. Je me retrouve avec des craies blanches et un tableau noir ! Il y a bien un beamer comme on me l’avait dit, mais il n’y en a qu’un pour tout le département « langues », utilisé la plupart du temps. Je me vois mal l’emprunter tous les jours, moi la vieille Européenne qui vient donner un cours pendant deux mois. Par ailleurs, en 2eannée, je dois utiliser le manuel prévu Echo A1, qui n’est plus disponible tel quel (les élèves en ont des photocopies). Un manuel tout en français, bien conçu pour être une bonne base d’apprentissage de la langue et de la culture de la France. Normalement c’est une religieuse indienne, qui a appris le français en Inde, qui enseigne cette langue. Toutes les écoles de ce niveau de formation, dispensent des cours de français, langue qui conserve un certain prestige ici.
 
6 professeurs se partagent ce bureau et c'est pas grand!
A la sortie de mon premier cours, un étudiant m’a demandé si j’avais lu un écrivain français du nom de Nietzsche Par-delà Bien et Mal. Et trois étudiantes m’ont demandé l’adresse de mon compte Instagram !!! Quand ils arrivent pour le cours alors que le professeur est déjà dans la classe, ils restent sur le pas de la porte jusqu’au moment où on les invite à venir s’asseoir. 
Lors de mon deuxième rendez-vous avec eux, j’ai demandé à chacun de tirer au sort un prénom français, comme dans un jeu de rôles. C’est ainsi plus facile à se rappeler qui est qui. Ils se sont beaucoup amusés avec ça. Bien qu’un peu dissipés, ils sont vraiment sympathiques. Mais comme partout, on dirait que certains n’en ont rien à faire de suivre ce cours. C’est eux que j’interpelle le plus souvent avec mes questions et ça fait bien rigoler les autres. Après le cours, je me sens pleine d’énergie. On dirait que j’ai fait le plein d’amphétamines ! J’adore cette sensation.

Ah ! c’est bien facile d’enseigner dans un autre monde ! Ils n’ont aucun point de comparaison. Ils prennent tout ce que je dis « pour argent comptant ». Aucune constestation. Mais aussi, je serais bien incapable d’entendre leurs critiques, je ne comprends pas leur langue. Entre eux ils ne parlent que le malayalam, jamais l’anglais. Et je ne suis là que pour deux mois, sans objectifs précis à atteindre, sans évaluations à préparer ou corriger. Le seul challenge : qu’ils participent, qu’ils comprennent le sens de ce que je dis et qu’ils réalisent qu’on ne peut apprendre une langue sans comprendre l’importance de la phonétique avant tout, ensuite quelques formules ou expressions indispensables dans la conversation de tous les jours et enfin  la grammaire de base.  Je leur ai dit qu’ils n’avaient aucune excuse pour dire qu’ils n’entendaient jamais cette langue : ils ont tous un téléphone portable et savent tous aller sur YouTube ou autre blog d’apprentissage du français. 
Bien qu’imparfaites, partiales, les nouvelles technologies sont d’une aide précieuse pour l'apprentissage des langues, mais cela impacte les exigences des formateurs et ce fait même  augmente considérablement le stress des étudiants.

Enfin, « je m’voyais déjà… » donnant des cours privés à mon retour. Mais, expérience faite ici avec une étudiante à laquelle je donne deux heures de cours privés par jour, ce n’est pas pour moi. C’est bien trop fatigant, cette proximité, cette attention de tous les instants, tous ces exercices à préparer qu’elle fera entre les cours. 
En conclusion, mon cours, bien rôdé maintenant, je suis partante pour une nouvelle expérience avec d’autres classes si l’on a encore besoin de moi. 

dimanche 8 juillet 2018

Une aventure indienne 5


Saint Joseph
Une aventure indienne 5
Je le savais ! La messe, le dimanche et plus, je n’y couperais pas. C’est une communauté catholique qui m’accueille. Alors autant en profiter pour observer les us et coutumes du lieu.

D’abord, l’aspect général et l’aménagement intérieur des églises que j’ai vues à Calicut. Elles sont très vastes et très hautes et le toit ne repose pas directement sur les murs. L’espace libre entre deux permet le passage de la brise et le chant des oiseaux. Suspendues aux poutres de la charpente, les pâles des ventilateurs d’une grandeur impressionnante font frémir les écharpes des saris et les franges dorées des vêtements des autels. Les pieds nus des fidèles se réveillent au contact rafraichissant des dalles de marbre( ? ) ou de granit( ?). Un quart des praticants du jour y resteront et s’y assieront pendant l’heure et demie que durera l’office, les lourds bancs de bois n’étant pas en nombre suffisant pour accueillir toute l’assemblée.

Si l’on se concentre sur l’observation des statues, des bas-reliefs, des fresques et les nappes(?) des autels, on se croirait dans quelque temple bouddhiste. C’est très coloré, c’est rouge et or, ça scintille de brillants. « Un peu kitsch tout de même ! », diraient certains. Mais ce n’est pas aussi chargé, concentré, aussi confiné même parfois, que dans les temples bouddhistes. Et les personnages représentés ont tous le type européen/occidental. Dans celle d’aujourd’hui, une représentation peu commune de la Sainte Famille : Saint Joseph, et non la Vierge Marie, portant l’Enfant Jésus.

Les officiants. Sous leurs habits de cérémonie, des prêtres indiens, exactement comme les prêtres de chez nous… mais en beaucoup plus jeune ! Depuis plus d’un mois, je n’ai encore jamais vu de prêtres ou autres religieux âgés. Et en général ils sont très grands et très beaux ! Ça aide ! Des servants de messe, il n’y en a pas toujours. Une fois il y en avait huit vêtus comme dans les films de Don Camillo ou les très vieux films français, la longue aube blanche recouverte d’un surpli( ?) rouge. Ce matin, trois jeunes hommes, pantalon noir et longue chemise de coton blanc à col officier. Une belle tenue. 
Les fidèles : à de rares exceptions près, les femmes à gauche et les hommes, moins nombreux, à droite. Quand la messe est dite après un cours de catéchisme, les enfants s’installent sur les bancs de devant : petites filles à gauche (certaines en robes de tulle aux couleurs flashies). La moitié d’entre elles voile d’une mantille de dentelle blanche ou noire une tresse de jais qui descend tout le long du dos . Les garçons, en chemise et pantalon, à droite.  Mais attention, le prêtre, d’un geste péremptoire met un certain ordre là à travers. Le voilà qui place, déplace et s’épare certaines et certains comme au temps de mon enfance. Sauf qu’ici, il n’y a pas d’images saintes à s’échanger. Pas de missel. Rien dans les mains. Et on n ne badine pas.

L’ambiance. Tant qu’à y rester une heure trente autant y trouver du plaisir. J’ai dit aux Sœurs que je préfèrais les messes avec musique et chant. Et ça vaut le coup ? Imaginez un concert du groupe Abba et des  Sweet People  réunis (sans les balancements ni les briquets tendus vers la scène toutefois) mais avec cette énergie et ce swing séducteurs au possible. Croyez-moi, les « Hosanna », « Alleluïa » et autres « Amen » enrobés d’une « crème onctueuse » de malayalam (La Langue Chantante par excellence) chantés par les voix magnifiques de trois ou quatre choristes accompagnées d’un jeune homme jouant du syntétiseur, c’est autrement plus attirant pour le plus grand nombre que n’importe quel chant grégorien d’un quelconque couvent cistercien ! Et autrement plus rassembleur qu’une chansonnette entonnée par une laïque courageuse tentant de réveiller une assemblée de quelques paroissiens cacochymes!
Et c’est sur ces airs entrainants que je vois mon papa, « aux anges », entrainant une de ces splendides paroissiennes recouvertes de soieries scintillantes pour une valse de Vienne ou un slow langoureux devant ma maman si pieuse, évidemment très contrariée, rentrant sa tête dans ses épaules en serrant les lèvres, tentant de se concentrer sur sa prière. 

Quant au déroulement de la messe, il n’en diffère que par quelques détails :
Pour l’offrande, alors que chez nous il n’y a aucune gestuelle concrète d’offrande ou qu’ailleurs en Inde ou en Afrique, on offre un panier de riz, une corbeille de fruits, un grand pain, des gerbes de fleurs ; ici, quelques fidèles viennent en file indienne (sic) l’un derrière l’autre par l’allée centrale portant une enveloppe posée sur une assiette. Devant l’autel, ils sont accueillis par le prêtre qui les bénit d’un signe de croix sur le front puis ils vont déposer leur offrande au pied de l’autel. Pour la quête, une paroissienne nous tend un grand plat de métal. Vous imaginez celui qui ose y jeter une piécette ? Que des billets !
Pour « se donner le signe de paix » c’est bien mieux ici : on ne se touche pas. Personne ne peut s’accorder le droit de pénétrer la bulle d’intimité qui m’entoure et toucher ma peau, mon moi, sous prétexte de fraternité, de paix et Dieu sait quoi encore. Non, ici on s’incline respectueusement vers sa voisine de droite et puis celle de gauche, les deux mains à hauteur du menton. En bref,  le salut habituel ici.
A la communion, un petit autel maintient la distance entre le prêtre, ses aides, et les communiants. L’officiant effleure le vin du calice avec l’hostie avant de la déposer dans la bouche des fidèles. (La 1èrefois, je dirais que c’était un vin blanc doux, une autre fois un vin plus acide et d’autres fois encore, je pense que c’était du porto.) Pas mauvais cette petite touche de goût, parfum d’hostie !

Je le savais : pendant ce séjour, je renforcerais mon avance en matière de pratique religieuse. Toutes ces messes et ces prières ajoutées au tas de mon enfance (messe tous les jours avant d’aller à l’école + chapelet pendant les mois de mai ; messe et vêpres tous les dimanches, confession tous les samedis ; sans compter le nombre de dizaines de chapelet en famille le soir et le réveil en prières le matin) Qui dit mieux ? Le thème du dernier sermon entendu ici en français était : «Installer la nouvelle mise à jour ! « Update ». Comme votre natel, votre foi nécessite une nouvelle mise à jour ». 
Allez savoir pourquoi : je ne suis pas encore tentée par cette mise à jour !
Qui aura un bain de pieds en sortant de la messe un jour de mousson?

dimanche 17 juin 2018

Une aventure indienne 4


Plage de Calicut
 C’est dimanche après-midi : départ pour une promenade sur la plage de Calicut  (Kozikhode en langue malayalam) à 40 minutes à pied d’ici. Il fait gris et les nuages n’arrivent pas à se décider. La ville s’étend jusqu'à la plage. Pour nous en approcher, nous évitons le pont, emprunté surtout par les véhicules pour passer au-dessus de  la voie ferrée. Nous choisissons de  traverser les rails, comme le font la plupart des piétons ici. Entre la plage et la route, un long parc ombragé avec des places de jeux pour les enfants, mais très endommagées par l’humidité ambiante. 

Avec toute cette eau qui infiltre les matériaux, les vieillit prématurément, toutes les installations et tous les bâtiments paraissent en mauvais état, comme délabrés. J’ai l’impression que les matériaux à même de résister aux conditions climatiques d’ici n’ont pas encore été inventés. N’ont-ils pas les moyens de s’en procurer ? Ou peut-être, tout simplement, est-ce que cette réalité tangible, "les choses", n’ont pas la même importance ici que chez nous et de ce fait ne mérite pas tout le soin, le respect (je dirais presque « extrême ») que nous y accordons nous, européens. 
 
Vente de bétel (en arrière-plan)
Sur la plage, quelques kiosques qui vendent des petits trucs à manger comme chez nous. Il y a du monde (que des jeunes et des enfants) partout. Une étendue de sable à perte de vue et des rouleaux impressionnants. Ça pourrait être un « spot » de surf. Mais personne ne se baigne car c’est dangereux pendant la mousson. Et c’est sale ! C’est sale et ça pue, je ne vous dis pas comment! On se bouche le nez – littéralement – par endroits. C’est insoutenables. Des détritus de toutes sortes mélangés au sable strié de pétrole (?) C’est affligeant. On est loin des plages oléronaises où les promeneurs se munissent de sacs poubelles pour ramasser les quelques débris déposés par la marée atlantique.

Bateaux de pêche dans la baie de Calicut
De l’autre côté d’une jetée de gros rochers, sur fond de mer beige à dentelles de mousse douteuse, des bateaux de pêcheurs musulmans dandinent fièrement leur haute proue colorée. Des « enfants des rues » ( garçons effrontés d’à peine 8-10 ans), nous poursuivent un moment en nous demandant de l’argent.  Ma compagne paient deux fois le prix (ma présence « a son prix ») pour des noix qu’elle achète à un vieux marchand. Vais-je me résoudre à porter un châle sur la tête à chacune de mes sorties en ville ?

Ce pourrait être une si belle plage. Est-ce le ciel trop gris qui a coloré si méchamment cette promenade au bord de la mer ? 
J’ai vu la plage de Calicut et je n’y retournerai plus. 
Les vagues à Calicut

mercredi 13 juin 2018

Une aventure indienne 3

Port de Kochi, Kerala
Samedi dernier, quatre heures du matin, départ pour Kochi à 180 km  de Calicut (sur Google il est prévu 5 h.30 de route) où deux religieuses sont attendues pour une journée de travail « intersites » de leur communauté. Le chauffeur et moi attachons nos ceintures (ce qui n’est pas du tout dans les habitudes d’ici) alors  que, sur le siège arrière, les deux Sr récitent une prière. 
Par endroit, la route est à moitié recouverte d’eau, ceci rétrécissant considérablement l’espace de croisement ! Alors on y va à coups de klaxons!
Il y plus de camions que de voitures qui circulent ici, c’est un peu comme si on se déplaçait sur une route nationale française. Heureusement, dans la nuit, peu de piétons. Et ils sont visibles car ils sont tout de blanc vêtus. Que des hommes. On me dit que ce sont des musulmans. Il est vrai que tout au long du chemin nous allons passer devant de nobreuses mosquées, davantage de mosquées que de temples hindous ou d’églises chrétiennes. Sont-elles plus proches de la route que les autres, plus visibles du fait de leur grandeur et de leurs façades très claires ? Dans tout le Kerala, comme en Suisse, pas de grands espaces sans habitations. L’humain occupe le territoire.
 Pour cause de « pause chauffeur », nous nous arrêtons à mi-chemin pour déjeuner. Le restaurant est plein. Et c’est comme si nous pénétrions dans un tableau d’Auguste Macke - Couple à la table du jardin – par exemple.Tous ces saris, ce sont les couleurs du fauvisme ! Et là, ce qui m’est servi sur mon plateau de déjeuner, ç’est une coiffe bigoudène couchée sur le côté.
Roast dosa
Peu après cet arrêt, nous dépassons plusieurs petites motos transportant des caisses en plastique sur le siège arrière. Ce sont des pêcheurs sur la route du marché. Nous arrivons au bord de la mer. Sous un ciel de plomb, le vent ébouriffe les palmiers, et sur la plage s’écrasent de grands rouleaux beige sombre coiffés d’écume.  Sur un mur, un homme seul, chemise et dothi (grande pièce de coton noué autour de la taille) battant des ailes, face aux éléments déchainés. Et pas le temps de s’arrêter pour faire une photo !

A 9 h. précises, la voiture entre dans l’enceinte du couvent. Pour les Sr c’est le travail. Deux des trois chauffeurs ayant amené les religieuses des différents couvents ne connaissent pas la ville. Alors, à la demande de la Supérieure, le troisième va nous conduire dans différents endroits de la ville. 
 
Temple hindou, Kochi
Premier arrêt, un temple hindou. Sur une vaste parcelle, au cœur de la ville, plusieurs bâtiments habritant des statues de « je ne saurais malheureusement pas vous dire » quels personnages sacrés devant lesquels se consument des bougies et des bâtons d’encens. Sur toute la surface des quatre côtés du bâtiment principal, le grillage d’un millier de bougeoirs destiné à se transformer en chandelier géant le jour de la Fête des Lumières. Une ambiance de piété, de recueillement. De nombreux pratiquants sont présents. Toute une famille arrive, en habits de fête. Le chauffeur m’accompagne pour la visite. Il enlève sa chemise pour entrer dans les temples. Moi je n’entre pas, par respect pour ceux qui y prient Au fond du jardin, au pied d’un petit autel, une femme, assise au sol, chante des incantations en s’accompagnant d’un instrument rudimentaire, une sorte de tampoura où ne subsisterait plus qu’une seule corde. 


Eglise St-Georges, Kochi
Deuxième arrêt, au cœur de la ville également, la plus grande église catholique du Kérala, l’église St Georges. Façade blanche, grand escatier de part et d’autre d’une esplanade de pierres tombales allongées au sol. A l’intérieur, quatre énormes piliers recouverts d’or, le chœur entièrement recouvert d’or. (« Quelle vanité ! » me dira une Sr un peu plus tard). Sertis dans tout cet or, de part et d’autre de l’autel, deux très beaux petits vitraux, d’une extrème simplicité, dans des tons pastels. Et c’est immense ! Et c’est vide… à part une jeune femme, pour me dire qu’il est interdit de photographier ! 

Troisième halte, au bord d’une rivière, une église plus simple, comme on en voit dans nos contrées catholiques (à part la façade blanche qui se voit de très loin). L’endroit est magnifique. 
A quelques pas de là, un bac s’éloigne silencieusement d’un petit débarcadère pour rejoindre l’île du milieu de la rivière. Pendant que je visite l’église, les chauffeurs m’attendent, assis sur les escaliers qui descendent dans la rivière. C’est désert. C’est tranquille.
 
Avant
Après
Au confessional: je vous laisse imaginer une histoire pour illustrer les 2 photos!!

Dernière escale, le port de Kochi avec des bateaux qui proposent un circuit pour visiter le port et ses environs. Très peu de touristes durant la mousson, que des Indiens. Nous prenons un café pas vraiment ensemble (ça fait bizarre ces trois hommes avec cette vieille Occidentale) Ils gardent une certaine distance. Ils parlent chacun leur langue (le kannata, l’hindi et le malayalam), se comprennent entre eux et comprennent peut-être l’anglais, mais un seul le parle. Ils me posent deux questions : « Est-ce que vous conduisez la voiture ? » et « Pourquoi ne mettez-vous pas de sucre dans votre thé ? »
 
Petit café dans le port de  Kochi
De retour au couvent, aussitôt le meeting de la communauté terminé, nous prenons la route du retour. Il pleut abondamment pendant presque tout le trajet. Ce qui ralentit forcément l’allure sur ces routes bondées de trains routiers, de motos suicidaires, de vélos sans phare et de rares fantomes de piétons. Dix heures trente de route pour six heures de meeting.
Scène de rue - Transport familial